Le bilan pédagogique et financier
Une obligation annuelle qui se prépare toute l’année, pas en avril : ce que l’État demande, comment le cerfa est construit, et pourquoi la donnée est plus dure que le formulaire.
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Ce que l’État demande, et pourquoi
Chaque année, toute personne qui réalise des actions de formation professionnelle adresse à l’administration « un document retraçant l’emploi des sommes reçues et dressant un bilan pédagogique et financier de son activité » (art. L. 6352-11 du code du travail). Le texte tient en une phrase, mais il fait deux choses à la fois : il trace l’argent (d’où viennent vos produits, ce qu’ils financent) et il trace l’activité (combien de stagiaires, combien d’heures, sur quelles spécialités).
Ce document est activement relu par l’administration, pas simplement archivé. Sur demande des services de contrôle, le bilan, le compte de résultat et l’annexe du dernier exercice clos doivent être transmis (art. L. 6352-11), et, lors d’un contrôle de la déclaration d’activité elle-même, l’administration apprécie l’activité réelle de l’organisme notamment à partir des recettes figurant dans ce dernier bilan transmis (art. R. 6351-9). Le BPF est donc, très concrètement, la pièce que l’administration relit en premier quand elle s’interroge sur un organisme.
Qui le transmet, et quand
Tous les prestataires de formation professionnelle le transmettent, quel que soit leur statut juridique, que l’activité de formation soit exercée à titre principal ou accessoire, à titre individuel ou non, y compris, avec la mention « néant », lorsqu’aucune action de formation n’a été réalisée sur l’exercice.
Le bilan porte sur le dernier exercice comptable clos, en général douze mois. Quand cet exercice ne coïncide pas avec l’année civile, seules les actions réalisées pendant cet exercice-là entrent dans le bilan à transmettre. Celles réalisées après sa clôture basculent dans le bilan de l’exercice suivant.
La télédéclaration se fait exclusivement sur le portail Mon Activité Formation, accessible avec les identifiants EFP Connect ; le dépôt papier n’est plus accepté. Le calendrier précis de la campagne annuelle est publié chaque année sur cette plateforme et varie légèrement d’un exercice à l’autre. À titre d’exemple, la campagne 2025 imposait une échéance au 31 mai.
Ce qui se passe si vous ne le transmettez pas
Selon la DREETS Bretagne, l’absence de télédéclaration entraîne la caducité de la déclaration d’activité : seuls les organismes exonérés d’impôts en sont avertis par lettre recommandée, les autres non. Le code du travail, de son côté, ne décrit pas un couperet automatique mais un mécanisme de contrôle : c’est à l’occasion d’une vérification que l’administration regarde si votre dernier bilan a bien été transmis et si les recettes qu’il retrace correspondent à une réelle activité de formation (art. R. 6351-9), et c’est sur ce fondement (entre autres) que l’enregistrement de la déclaration d’activité peut être annulé, par décision motivée du préfet de région, après que l’organisme a été mis en mesure de présenter ses observations (art. L. 6351-4).
Dans les deux lectures, la conclusion pratique est identique. Un organisme sans déclaration d’activité valide ne peut plus être financé par les fonds publics et mutualisés qui conditionnent leur prise en charge à cette existence administrative. Un BPF non transmis n’est donc jamais une formalité qu’on rattrape discrètement l’année suivante.
La structure du formulaire, cadre par cadre
Le cerfa 10443 se lit en deux temps : une identité, puis un bilan en deux volets (financier, puis pédagogique).
Un même stagiaire ne doit jamais apparaître deux fois : celui que vous avez formé vous-même se compte dans le bilan pédagogique, celui dont vous avez confié la formation à un tiers se compte à part, jamais aux deux. C’est l’erreur de structure la plus fréquente, et nous y revenons plus loin.
| Cadre | Ce qu’il retrace |
|---|---|
| A et B | Identification de l’organisme et caractéristiques de son activité, à servir même en l’absence totale d’activité, en portant la mention « néant » sur les cadres suivants |
| C | Le bilan financier hors taxes, côté produits : les montants perçus, ventilés par financeur et par dispositif (employeurs directs, opérateurs de compétences selon le dispositif mobilisé, fonds d’assurance formation des non-salariés, pouvoirs publics, fonds européens, particuliers à titre individuel, ou un autre organisme de formation lorsque vous intervenez vous-même en sous-traitance) |
| D | Le bilan financier, côté charges : les dépenses liées à l’activité de formation, notamment les salaires des formateurs et les achats de prestations de formation |
| E | Les personnes qui dispensent les heures de formation, en distinguant les formateurs internes à l’organisme et ceux qui interviennent pour son compte en sous-traitance ou sur honoraires |
| F | Le bilan pédagogique des stagiaires formés directement par l’organisme : leur profil, si l’organisme est intervenu pour son propre compte ou pour celui d’un autre organisme, le niveau ou l’objectif visé, et la spécialité de formation |
| G | Les stagiaires dont la formation a été confiée à un autre organisme, la sous-traitance donnée, symétrique de celle reçue au cadre C |
La vraie difficulté : ventiler et compter
Remplir le cerfa est la partie facile ; rassembler ce qu’il demande prend le plus de temps. Le cadre C exige de savoir, pour chaque produit encaissé au titre de la formation, quel financeur l’a réglé et par quel dispositif. Un même client peut avoir payé une partie sur ses fonds propres et fait prendre en charge le reste par son opérateur de compétences, et les deux montants vont sur des lignes différentes. Sans un suivi tenu au fil de l’eau, cette ventilation se reconstitue facture par facture, plusieurs mois après les faits.
Le bilan pédagogique exige, lui, un nombre d’heures-stagiaires : pour chaque action, le nombre de stagiaires multiplié par le nombre d’heures de formation qu’ils ont suivies. Une action de six heures dispensée à douze stagiaires compte pour soixante-douze heures-stagiaires, quand bien même certains n’en auraient suivi que six. Ce total ne se déduit ni d’un programme ni d’une convention : il se déduit de la présence réellement constatée, séance par séance, ce qui suppose une feuille d’émargement tenue à jour pour chaque journée de chaque session de l’exercice.
Un principe évite au moins une confusion : le bilan retient ce qui a été comptabilisé ou réalisé au cours de l’exercice, pas ce qui a été payé ou encaissé. Une formation dispensée en décembre et facturée en janvier entre dans le bilan de l’exercice où elle s’est déroulée, pas dans celui de son paiement.
S’organiser dès janvier pour que le bilan s’écrive tout seul
La bonne pratique n’a rien de sophistiqué : elle consiste à saisir, session par session et au moment où elle a lieu, les trois données que le cerfa demandera en bloc quelques mois plus tard (qui a financé, combien de stagiaires, combien d’heures). Reconstituer cela en avril pour un exercice entier revient à rouvrir chaque convention, chaque facture et chaque feuille d’émargement de l’année ; le faire au fil de l’eau ne prend, session par session, que quelques minutes.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
Quatre erreurs expliquent l’essentiel des bilans à corriger après coup.
- Le double comptage : compter un stagiaire à la fois dans le bilan pédagogique (formé directement) et au titre de la sous-traitance donnée, alors que les deux sont exclusifs l’un de l’autre pour un même stagiaire.
- La sous-traitance mal ventilée : porter au cadre C, parmi les produits ordinaires, des sommes reçues d’un autre organisme de formation pour lequel vous êtes sous-traitant, alors qu’elles répondent à une ligne dédiée.
- Les heures estimées plutôt que constatées : reprendre la durée programmée d’une action plutôt que la présence réellement signée, ce qui gonfle ou minore les heures-stagiaires dès qu’une session a connu des absences.
- Le mélange des exercices : faire entrer dans le bilan une formation facturée pendant l’exercice mais réalisée avant son ouverture, ou l’inverse. Le critère est la date de réalisation, pas celle de la facture ou du paiement.
Sources
Chaque affirmation de cette page renvoie à un texte officiel. Les liens ouvrent le site de l’éditeur concerné.
- Article L. 6352-11 du code du travail (bilan pédagogique et financier) — Légifrance
- Articles L. 6352-6 et L. 6352-7 du code du travail (comptabilité annuelle des dispensateurs de formation) — Légifrance
- Articles R. 6351-1 à R. 6351-21 du code du travail (contrôle fondé sur le dernier bilan transmis) — Légifrance
- Articles L. 6351-1 à L. 6351-8 du code du travail (annulation de la déclaration d’activité) — Légifrance
- Notice explicative du bilan pédagogique et financier (BPF) — DREETS Provence-Alpes-Côte d’Azur
- Le bilan pédagogique et financier : mode d’emploi — DEETS Mayotte
- Bilan pédagogique et financier — calendrier et télédéclaration — DREETS Bretagne
- Comment obtenir un numéro de déclaration d’activité (NDA) ? — Mon Compte Formation
Contenu d’information générale, à jour à la date indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne garantit pas l’issue d’un audit de certification.
Pour aller plus loin
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La déclaration d’activité et les obligations qui précèdent le premier bilan annuel.
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OPCO, CPF, France Travail, régions : à quelle ligne du bilan chacun se rattache.
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