Réglementation ·
Loi anti-fraude du 25 juin 2026 : ce qui change pour les organismes de formation
Les délits propres aux organismes de formation disparaissent au profit d’amendes administratives, la déclaration d’activité se refuse et s’annule plus facilement, et les formations certifiantes entrent dans un régime de transparence. L’essentiel s’applique depuis le 27 juin 2026.
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Des amendes administratives à la place des délits
C’est le changement le plus structurant. La loi abroge les articles L. 6355-1 à L. 6355-23 du code du travail, qui punissaient pénalement les manquements aux obligations des organismes de formation, et crée à leur place un chapitre de sanctions administratives (art. L. 6356-1 à L. 6356-7).
Sur le rapport des agents de contrôle, l’administration peut désormais adresser un avertissement ou prononcer une amende. Le champ est large : déclaration d’activité et déclaration rectificative, titres et qualités des formateurs, règlement intérieur, comptabilité, bilan pédagogique et financier, publicité, contrat de formation conclu avec un particulier, information préalable du stagiaire.
- Montant maximal : 4 000 € par manquement, doublé en cas de nouveau manquement de même nature dans les deux ans, majoré de 50 % s’il suit de moins d’un an un avertissement (art. L. 6356-2).
- Critères : les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ses ressources et ses charges (art. L. 6356-3).
- Procédure : information écrite de la sanction envisagée, puis quinze jours au moins pour présenter des observations. L’action se prescrit par deux ans à compter du manquement (art. L. 6356-4).
- Recours : devant le tribunal administratif, sans recours hiérarchique (art. L. 6356-5).
- Les modalités d’application sont renvoyées à un décret en Conseil d’État (art. L. 6356-7).
Une déclaration d’activité plus difficile à obtenir, plus facile à perdre
L’enregistrement peut désormais être refusé dans trois cas supplémentaires (art. L. 6351-3) : l’organisme ne dispose pas de locaux lui permettant de réaliser ses actions de formation par apprentissage ; son dirigeant, de droit ou de fait, a vu une déclaration d’activité annulée pour fraude documentaire au cours des quatre années précédentes ; ou il a fait l’objet, dans les cinq ans, d’une décision de rejet et de versement à la suite d’un contrôle sans justifier avoir réglé les sommes dues.
L’absence de locaux pour l’apprentissage devient aussi un motif d’annulation (art. L. 6351-4). La suspension de la déclaration, limitée à quatre mois, peut maintenant intervenir au cours de tous les contrôles de l’État, et plus seulement de ceux qui visent les employeurs (art. L. 6351-4-1). Enfin, les décisions d’annulation prises pour non-respect des règles de fonctionnement ou pour fraude peuvent être publiées sur un site ministériel pendant un an au plus, dans des conditions qu’un décret doit fixer (art. L. 6362-12-1).
Trois nouveaux cas de formation « réputée non exécutée »
L’article L. 6362-3 ne visait que les actions détournées de leur objet. Il prévoit maintenant le remboursement des fonds au financeur dans trois autres cas : lorsque l’action est assurée par un ou plusieurs formateurs qui ne disposent pas des diplômes, titres, attestations ou qualités en lien avec elle ; lorsqu’elle conduit à l’exercice d’une profession réglementée ou de santé sans que les formateurs, ou les stagiaires, remplissent les conditions requises ; et en cas de manquement de l’organisme à l’article L. 6352-4.
Cet article, rétabli par la loi, impose à l’organisme qui sollicite des fonds auprès des financeurs publics et mutualisés d’assurer le traitement égal de tous les stagiaires et apprentis, et de veiller à la liberté d’expression et de conscience ainsi qu’à la neutralité des enseignements. Ces obligations doivent être inscrites dans le règlement intérieur : un règlement qui date d’avant l’été 2026 est à relire.
Formations certifiantes et CPF : transparence et verrous
Les organismes qui préparent à une certification du RNCP ou du répertoire spécifique devront communiquer aux ministères et organismes certificateurs, par voie dématérialisée, la liste des stagiaires qui ont commencé une action et de ceux qui l’ont interrompue (art. L. 6353-11). Un décret en Conseil d’État doit en fixer les modalités.
La loi crée aussi une obligation de transparence : publier sur son site internet les données de résultats qui concernent l’organisme, et les adresser aux apprentis, élèves et stagiaires avant toute inscription et tout règlement (art. L. 6353-12). Elle entrera en vigueur à une date fixée par décret, au plus tard un an après la promulgation de la loi.
Deux règles touchent directement les ventes financées par le CPF (art. L. 6323-6). Un titulaire ne peut plus mobiliser ses droits pour une certification ou un bloc de compétences qu’il a déjà obtenu, sauf pour une certification en langue. Et s’il ne se présente pas à l’examen sans motif légitime, il ne peut pas payer l’organisme avec ses droits : la Caisse des dépôts lui réclame les sommes déjà utilisées.
La publicité, enfin, ne doit plus induire en erreur sur la situation de l’organisme au regard de l’habilitation accordée par le certificateur (art. L. 6352-13).
Ce qu’il y a à faire dès maintenant
Rien de tout cela ne demande d’attendre les décrets.
- Relire le règlement intérieur et y inscrire l’égalité de traitement, la liberté d’expression et de conscience et la neutralité des enseignements.
- Vérifier, formation par formation, que le dossier de chaque formateur contient des titres en lien avec ce qu’il enseigne.
- Pour une formation certifiante : contrôler que l’habilitation du certificateur est en cours de validité et que vos supports commerciaux la décrivent exactement.
- Dire aux stagiaires qui financent par le CPF que l’absence à l’examen peut leur coûter le remboursement de leurs droits.
- Tenir à jour la liste des entrées et des abandons par certification : c’est elle que les certificateurs réclameront.
Questions fréquentes
Quand la loi anti-fraude du 25 juin 2026 s’applique-t-elle aux organismes de formation ?
Publiée au Journal officiel du 26 juin 2026, elle s’applique pour l’essentiel depuis le 27 juin 2026 : c’est la date à laquelle les articles modifiés du code du travail sont entrés en vigueur. L’obligation de publier des données de résultats entrera en vigueur à une date fixée par décret, au plus tard un an après la promulgation. Plusieurs autres mesures renvoient à des décrets d’application.
Quelle amende risque un organisme de formation qui ne respecte pas ses obligations ?
Un avertissement, ou une amende administrative de 4 000 € au plus par manquement, portée au double en cas de nouveau manquement de même nature dans les deux ans (art. L. 6356-1 et L. 6356-2 du code du travail). Ces sanctions remplacent les sanctions pénales des anciens articles L. 6355-1 et suivants, abrogés.
Que doit contenir le règlement intérieur d’un organisme de formation depuis 2026 ?
Outre les règles de santé, de sécurité, de discipline et de représentation des stagiaires (art. L. 6352-3), le règlement intérieur de l’organisme qui sollicite des fonds publics ou mutualisés doit inscrire le traitement égal des stagiaires et apprentis, le respect de la liberté d’expression et de conscience et la neutralité des enseignements (art. L. 6352-4).
Un stagiaire absent à l’examen doit-il rembourser son CPF ?
S’il ne se présente pas aux évaluations ou aux épreuves sans motif légitime, il ne peut pas mobiliser ses droits pour régler l’organisme de formation, et la Caisse des dépôts lui demande le remboursement des sommes déjà utilisées (art. L. 6323-6 du code du travail). L’appréciation du motif légitime est renvoyée à un décret.
Sources
Chaque affirmation de cette page renvoie à un texte officiel. Les liens ouvrent le site de l’éditeur concerné.
- Loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales (articles 44, 45, 59, 70 à 74) — Légifrance
- Articles L. 6356-1 à L. 6356-7 du code du travail — sanctions administratives — Ministère du Travail — Code du travail numérique
- Article L. 6351-3 du code du travail — refus d’enregistrement de la déclaration d’activité — Ministère du Travail — Code du travail numérique
- Article L. 6352-4 du code du travail — obligations des organismes sollicitant des fonds publics — Légifrance
- Article L. 6362-3 du code du travail — actions réputées inexécutées — Ministère du Travail — Code du travail numérique
- Article L. 6353-11 du code du travail — transmission des listes de stagiaires aux certificateurs — Ministère du Travail — Code du travail numérique
- Article L. 6323-6 du code du travail — examen et certification déjà obtenue — Ministère du Travail — Code du travail numérique
- Lutte contre les fraudes sociales et fiscales : les organismes de formation sont soumis à de nouvelles obligations — Service-Public.fr — Entreprendre
Contenu d’information générale, à jour à la date indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne garantit pas l’issue d’un audit de certification.
Pour aller plus loin
Les documents obligatoires d’une formation
Les pièces à tenir prêtes en cas de contrôle.
Le compte personnel de formation
Le financeur le plus concerné par les nouvelles règles.
Les documents obligatoires d’une action de formation
Règlement intérieur, contrat, information préalable : les pièces désormais sanctionnées par amende.
Indicateur 21 — Compétences des intervenants
Ce que Qualiopi attend déjà sur les titres des formateurs.
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