Formateur indépendant et Qualiopi : la certification est-elle obligatoire ?

Tout dépend de qui paie et de qui facture. En direct sur des fonds publics ou mutualisés, la certification est obligatoire ; en sous-traitance d’un organisme certifié, elle ne l’est pas, sauf règles propres au CPF.

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Qui doit être certifié : la question est « qui est financé »

L’obligation tient en une phrase. L’article L. 6316-1 du code du travail impose la certification aux prestataires « financés par un opérateur de compétences, par la commission mentionnée à l’article L. 6323-17-6, par l’État, par les régions, par la Caisse des dépôts et consignations, par l’opérateur France Travail ou par l’institution mentionnée à l’article L. 5214-1 ». Le critère n’est ni le statut (micro-entrepreneur, société, association), ni la taille, ni l’ancienneté : c’est l’origine de l’argent, et l’identité de celui qui le reçoit.

D’où la règle pratique : regardez au nom de qui la convention est signée et la facture émise. Si c’est au vôtre et qu’un financeur de la liste paie, il vous faut la certification. Si un autre organisme porte la convention et vous règle une prestation, c’est lui que le texte vise.

Votre situationQualiopi obligatoire ?Fondement
Vous facturez une entreprise sur ses fonds propres, ou un particulier qui paie lui-mêmeNonL’article L. 6316-1 ne vise que les prestataires financés par les organismes qu’il énumère
Votre client obtient une prise en charge (OPCO, France Travail, Région, État, Agefiph, Transitions Pro) pour une action que vous facturezOuiArt. L. 6316-1
Vous proposez vos formations sur Mon Compte FormationOuiArt. L. 6316-1 (Caisse des Dépôts) et L. 6323-9-1 (référencement)
Vous intervenez en sous-traitance d’un organisme certifié, hors CPFNon : l’organisme répond de vousIndicateur 27 et guide de lecture du référentiel
Vous intervenez en sous-traitance sur une action financée par le CPFOui, sauf régime micro-social sous le plafond de chiffre d’affairesArt. L. 6323-9-2 et R. 6333-6-3
Vous êtes salarié portéL’obligation se lit sur l’entreprise de portage, qui contracte avec le clientArt. L. 1254-1 et L. 6316-1 ; indicateur 27

En sous-traitance : pas de certification exigée, mais des pièces à fournir

L’indicateur 27 du référentiel national qualité (« Sous-traitance et portage salarial ») s’adresse au donneur d’ordre : en cas de recours à la sous-traitance ou au portage salarial, il doit s’assurer du respect de la conformité au référentiel. Le guide de lecture du ministère du Travail lève toute ambiguïté : cet indicateur n’impose pas aux sous-traitants l’obligation de certification, la responsabilité de la qualité appartenant au donneur d’ordre, à charge pour lui d’organiser la chaîne de la qualité avec eux.

Le même guide range parmi les « intervenants externes » tous les sous-traitants intervenant dans le cadre d’un contrat de prestation de service. Un formateur indépendant qui facture un organisme de formation est donc, au sens du référentiel, un sous-traitant : l’indicateur 27 s’applique à l’organisme qui vous mobilise, et un manquement y est toujours une non-conformité majeure.

Pour vous, cela se traduit par des demandes. L’organisme doit pouvoir démontrer ce qu’il a mis en place pour vérifier votre conformité ; le guide cite les contrats, le processus de sélection et les justificatifs présentés par les sous-traitants. Attendez-vous à fournir CV, diplômes et références, à appliquer ses procédures (positionnement, émargement, évaluations, questionnaire de satisfaction) et à lui remettre les pièces de chaque session. À compter du 1ᵉʳ novembre 2026, l’indicateur exige en outre que cette conformité soit tracée dans le contrat de sous-traitance lui-même (décret n° 2026-728) : votre contrat portera une clause en ce sens.

Le CPF : des règles plus strictes pour le sous-traitant

Le compte personnel de formation a son propre régime. L’article L. 6323-9-2 du code du travail, en vigueur depuis le 21 décembre 2022, autorise un organisme référencé à confier l’exécution d’une action à un sous-traitant, « par contrat et sous sa responsabilité », à deux conditions pour ce dernier : avoir préalablement déposé sa déclaration d’activité, et justifier du respect des conditions de référencement fixées aux 1° à 3° et 5° de l’article L. 6323-9-1.

L’article R. 6333-6-2 encadre le contrat : il est écrit, précise les missions confiées, le contenu et la sanction de la formation, les moyens mobilisés, la durée, la période de réalisation et le montant de la prestation, et il est communiqué à la Caisse des Dépôts. Le sous-traitant ne peut pas lui-même sous-traiter. Le donneur d’ordre ne peut sous-traiter que dans la limite d’un plafond fixé par arrêté ; les conditions particulières de Mon Compte Formation (version 15, mai 2026) le situent à quatre-vingts pour cent des frais pédagogiques facturés à la Caisse des Dépôts, et rappellent que les sous-traitants lui sont déclarés chaque année.

Une dispense existe pour les plus petites structures. L’article R. 6333-6-3 dispense de la certification qualité, ainsi que des certifications professionnelles ou habilitations, le sous-traitant qui relève du régime micro-social et dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas le montant fixé au 2° du 1 de l’article 50-0 du code général des impôts. Ces dispositions s’appliquent aux contrats de sous-traitance conclus à compter du 1ᵉʳ avril 2024. La dispense ne porte pas sur la déclaration d’activité, qui reste exigée.

Si vous n’êtes pas dans ce cas (société, entreprise individuelle hors régime micro-social, chiffre d’affaires au-dessus du plafond), sous-traiter une action CPF suppose d’être vous-même certifié.

La déclaration d’activité : une obligation à part

Le numéro de déclaration d’activité n’est pas Qualiopi, et l’un ne remplace pas l’autre. L’article L. 6351-1 du code du travail impose à toute personne qui réalise des actions de formation de déposer une déclaration d’activité dès la conclusion de la première convention ou du premier contrat de formation professionnelle ; l’article R. 6351-1 laisse trois mois pour le faire. Le site Service-Public le résume ainsi : tout formateur ou organisme de formation professionnelle doit déposer une déclaration d’activité.

Le dossier est allégé pour les micro-entrepreneurs. Selon l’article R. 6351-5, l’organisme qui relève du régime micro-social et dont le chiffre d’affaires ne dépasse pas le même plafond du code général des impôts est dispensé de joindre la copie de sa première convention et le descriptif détaillé de ses actions et de ses moyens : il fournit une présentation succincte de son activité, et tient la convention à la disposition de l’administration.

En sous-traitance sur le CPF, la question est tranchée par la loi : la déclaration doit avoir été faite avant d’intervenir (art. L. 6323-9-2). Hors CPF, l’obligation naît de la première convention ou du premier contrat de formation que vous concluez vous-même ; votre donneur d’ordre peut aussi en faire une condition de son contrat.

Ce que la certification demande à une personne seule

La certification est délivrée pour trois ans (art. R. 6316-2), par un organisme certificateur accrédité ou une instance de labellisation reconnue par France compétences (art. L. 6316-2). L’arrêté du 6 juin 2019 fixe le cycle : un audit initial sur place, un audit de surveillance entre le 14ᵉ et le 22ᵉ mois, réalisé à distance sauf exception, puis un audit de renouvellement. Son barème fixe aussi les durées : pour un chiffre d’affaires inférieur à 150 000 euros et une seule catégorie d’actions, une journée d’audit initial et une demi-journée de surveillance.

L’arrêté fixe des durées, pas des prix : chaque certificateur établit son devis, et il est raisonnable d’en demander plusieurs. Le vrai coût est ailleurs, dans le temps passé à produire et à ranger les preuves, session après session : analyse du besoin, positionnement, convocation, émargement, évaluation des acquis, satisfaction, puis, sur l’année, veille, traitement des réclamations et amélioration continue.

Deux aménagements allègent le départ. Pour un nouvel entrant (un prestataire dans sa première année d’activité), l’audit initial vérifie seulement que le processus est formalisé pour onze indicateurs, dont les indicateurs 2, 11, 19, 22 et 32 ; leur mise en œuvre est contrôlée à l’audit de surveillance. Et le guide de lecture précise, à propos de la coordination des intervenants, qu’un prestataire indépendant peut assurer seul les différentes fonctions.

Reste la décision. Si un ou deux clients par an demandent un financement, la sous-traitance auprès d’un organisme certifié coûte une marge, pas un système qualité. Si l’essentiel de votre activité passe par un OPCO, France Travail ou le CPF, la certification est le prix de votre indépendance commerciale.

Le « portage Qualiopi » : ce que c’est, ce que dit le droit

L’expression désigne un montage commercial : un formateur non certifié trouve un client qui veut mobiliser un financement, et un organisme certifié signe la convention, facture le financeur, puis rémunère le formateur, en conservant une commission. Elle n’a rien à voir avec le portage salarial, que l’article L. 1254-1 du code du travail définit comme la relation entre une entreprise de portage, une entreprise cliente et un salarié porté rémunéré par la première.

Ni le code du travail, ni le référentiel, ni les conditions de Mon Compte Formation ne nomment le « portage Qualiopi ». Juridiquement, c’est une sous-traitance, et tout ce qui précède s’y applique. L’organisme certifié est le prestataire financé : la convention, le programme, les preuves de réalisation et le traitement des réclamations sont les siens, et l’auditeur lui en demandera compte au titre de l’indicateur 27. Un organisme qui se bornerait à prêter son nom ne pourrait rien démontrer.

Sur le CPF, les limites sont écrites. La sous-traitance est plafonnée, déclarée, interdite au second rang, et le donneur d’ordre « reste intégralement responsable des agissements de son sous-traitant », selon les conditions particulières de Mon Compte Formation. Leur annexe range parmi les manquements le fait, pour un organisme, de ne pas détenir la certification qualité alors que son sous-traitant la détient : la certification de l’un ne couvre pas l’autre.

  • Qui signe la convention et émet la facture : c’est lui le prestataire, pas vous.
  • Ce que dit le contrat de sous-traitance : missions, contenu, moyens, durée, prix, engagement de conformité au référentiel.
  • Qui détient les preuves de chaque session, et ce que vous devez remettre.
  • Si l’action est financée par le CPF : votre déclaration d’activité, et votre situation au regard de la dispense micro-sociale.
  • Ce que vous pouvez dire à vos clients : la certification est celle de l’organisme, pas la vôtre.

Indicateurs du référentiel concernés

Questions fréquentes

Un formateur indépendant doit-il être certifié Qualiopi ?

Seulement s’il est lui-même le prestataire financé par un opérateur de compétences, l’État, une région, la Caisse des Dépôts (CPF), France Travail, l’Agefiph ou une commission Transitions Pro : c’est ce que prévoit l’article L. 6316-1 du code du travail. S’il facture des entreprises sur leurs fonds propres ou des particuliers qui paient eux-mêmes, la certification n’est pas exigée.

Un sous-traitant doit-il être certifié Qualiopi ?

Non, hors CPF. Le guide de lecture du référentiel national qualité précise que l’indicateur 27 n’impose pas la certification aux sous-traitants : la responsabilité de la qualité appartient au donneur d’ordre, qui doit vérifier la conformité de ses sous-traitants.

Pour une action financée par le CPF, le sous-traitant doit remplir les conditions de référencement, certification comprise, sauf s’il relève du régime micro-social sous le plafond de chiffre d’affaires du code général des impôts (art. L. 6323-9-2 et R. 6333-6-3 du code du travail).

Peut-on proposer des formations CPF sans Qualiopi ?

Pas en direct : la Caisse des Dépôts figure parmi les financeurs de l’article L. 6316-1, et le référencement sur Mon Compte Formation suppose de détenir les certifications nécessaires. En sous-traitance d’un organisme référencé, c’est possible pour un micro-entrepreneur sous le plafond de chiffre d’affaires, à condition d’avoir déposé sa déclaration d’activité et de ne pas sous-traiter à son tour (art. R. 6333-6-2 et R. 6333-6-3).

Un formateur indépendant doit-il avoir un numéro de déclaration d’activité ?

Oui, dès qu’il conclut lui-même une convention ou un contrat de formation professionnelle : la déclaration se dépose dans les trois mois (art. L. 6351-1 et R. 6351-1 du code du travail). Pour intervenir en sous-traitance sur une action CPF, elle doit avoir été faite au préalable (art. L. 6323-9-2). Sous le régime micro-social, le dossier est allégé (art. R. 6351-5).

Le portage Qualiopi est-il légal ?

L’expression ne figure dans aucun des textes qui encadrent la certification. Le montage qu’elle recouvre est une sous-traitance : il est licite si l’organisme certifié contracte réellement, facture, détient les preuves et répond de la qualité, comme l’exige l’indicateur 27. Sur le CPF, il est en outre plafonné, déclaré à la Caisse des Dépôts et interdit au second rang.

Combien de temps dure un audit Qualiopi pour un formateur seul ?

Le barème de l’arrêté du 6 juin 2019 prévoit, pour un chiffre d’affaires inférieur à 150 000 euros et une seule catégorie d’actions, une journée pour l’audit initial et une demi-journée pour l’audit de surveillance, qui a lieu entre le 14ᵉ et le 22ᵉ mois. La certification est délivrée pour trois ans (art. R. 6316-2 du code du travail).

Sources

Chaque affirmation de cette page renvoie à un texte officiel. Les liens ouvrent le site de l’éditeur concerné.

  1. Article L. 6316-1 du code du travail — obligation de certification des prestataires financés — Légifrance
  2. Articles R. 6316-1 et suivants du code du travail — durée de la certification (art. R. 6316-2) — Légifrance
  3. Article L. 6316-2 du code du travail — organismes certificateurs et instances de labellisation — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  4. Guide de lecture du référentiel national qualité, version 8 (23 novembre 2023) — indicateurs 18 et 27, nouveaux entrants — Ministère du Travail (DGEFP) — document hébergé par France compétences
  5. Article L. 6323-9-2 du code du travail — sous-traitance des actions financées par le CPF — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  6. Article L. 6323-9-1 du code du travail — conditions de référencement sur Mon Compte Formation — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  7. Article R. 6333-6-2 du code du travail — contrat de sous-traitance, plafond, interdiction du second rang — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  8. Article R. 6333-6-3 du code du travail — dispense du sous-traitant relevant du régime micro-social — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  9. Mon Compte Formation — conditions particulières « organismes de formation », version 15 (mai 2026), article 3.5 et annexe — Caisse des Dépôts
  10. Articles L. 6351-1, R. 6351-1 et R. 6351-5 du code du travail — déclaration d’activité — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  11. Déclaration d’activité des formateurs et organismes de formation — Service-Public.fr
  12. Article L. 1254-1 du code du travail — définition du portage salarial — Ministère du Travail — Code du travail numérique
  13. Arrêté du 6 juin 2019 relatif aux modalités d’audit associées au référentiel national — Légifrance
  14. Décret n° 2026-728 du 1ᵉʳ août 2026 relatif au référentiel national sur la qualité — Légifrance

Contenu d’information générale, à jour à la date indiquée ci-dessus. Il ne constitue pas un conseil juridique et ne garantit pas l’issue d’un audit de certification.

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